02/06/2010

L'Homme politique, un démocrate ?

La démocratie évolue t-elle vers une oligarchie de fait ?
(Mercredi 09 Juin, en salle 10, de 17h à 19H, par Jeanine MUDRYK-CROS).

Le titre de cette recherche peut apparaître dérisoire tant il ressemble à tout un pan des publications et débats actuels. Certains peuvent considérer que, fondamentalement, en France, la démocratie n’est pas menacée et ne risque pas de l’être avant longtemps. Pour eux, cette recherche s’apparenterait à un procédé bien connu qui consiste à créer un problème de toutes pièces pour se donner la mission d’avoir à le résoudre. D’autres pourraient trouver que la démocratie est bel et bien en danger, de façon urgente et sournoise.
 
Mais, pour eux, vouloir ajouter une pierre à l’édifice composé par tous les ouvrages existants sur le sujet, représente un acte bien insignifiant, ces ouvrages ne s’étant pas révélés salvateurs ni fertiles en solutions pragmatiques ! Cependant, qu’il s’agisse d’un camp ou de l’autre, la démocratie en tant que question est perçue comme un sujet parfaitement d’actualité et se présente comme tel. Ce sujet peut également, d’une certaine façon, être aussi perçu comme parfaitement « tabou », de ces « tabous » qui concernent des aspects tellement aigus de la vie quotidienne que l’on préfère renoncer à les appréhender. Dans ce cas, les téméraires qui s’y attèleront seront considérés comme des provocateurs !

Aussi nous a-t-il paru essentiel de prévoir en amont de l’introduction générale à ce travail, quelques lignes destinées à apporter des éclaircissements sur l’ensemble du pourquoi de cette recherche. Donner une meilleure compréhension du titre et une meilleure lisibilité au contenu sont donc devenus pour nous des impératifs a priori.

Nous situer en situant la problématique devient fondamental afin de bien montrer combien pour nous, elle mérite un réel approfondissement alors même que tout nous pousserait, en apparence, à nous laisser dire qu’après tout, il n’y a pas péril en la demeure. Car nous avons bien conscience que nous prétendons « ausculter » la démocratie ! Nous avons conscience de décider de nous pencher sur le modèle, la référence, l’idéal brandi à la face du monde par quelques pays qui s’érigent en exemples et tendent à justifier leur supériorité au reste du monde.

Au-delà des observations, constats, remarques et réflexions que le quotidien peut nous livrer, nous suggérer et sur lesquels nous reviendrons plus loin, il est des points qui se sont présentés comme des évidences à explorer. La démocratie est-elle une idée, une idéologie, un régime politique ou un système politique, une méthodologie, une représentation mentale d’un idéal, un procédé, un processus, une valeur, une éthique, etc… ? En conséquence, la démocratie est-elle un moyen ou bien une fin en soi ? Mais peut-on envisager qu’elle puisse exister sous forme d’une « finitude » accomplie, d’un modèle parachevé ? Le fait qu’elle soit « en devenir » justifie-t-il toutes les dérives éventuelles, dans la mesure où l’accord se fait sur le choix de la faire régner ?

Pour définir la démocratie, nous avons recensé trois formulations : pour Abraham LINCOLN : « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » ; MONTESQUIEU, dans « De l’esprit des lois », précise : « lorsque dans la République, le peuple en corps a la souveraine puissance, c’est une démocratie » ;  et enfin Winston Churchill pour lequel : « la démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres ». Inutile serait d’insister sur l’imprécision de la notion de « peuple » et de l’ensemble de ces trois expressions. La commodité d’une définition claire ne caractérise donc pas la démocratie. Ce flou sémantique bénéficie pourtant d’un consensus largement partagé, parmi les citoyens des démocraties qui sont dites « avérées », ce qui nous conduits à nous interroger sur la nature, la consistance, la solidité et la portée de ce consensus : parce que flou, il offre toutes latitudes possible d’action, et trouve donc ici un « confort d’application »,  ou bien malgré ce flou, la démocratie serait-elle suffisamment solide en tant que telle, recèlerait-elle une force de conviction intrinsèque unificatrice ?

La démocratie, ainsi, nous évoque une sorte de « mille-feuille » dont l’apparence en surface permet la reconnaissance, l’identification, mais dont, en profondeur, la consistance, la recette, les composants, etc… peuvent conduire à réaliser une pièce plus ou moins légère et plus ou moins digeste ! Avec cette image, la démocratie pourrait se présenter « en surface » de façon rassurante et laisserait, avec ce flou, la porte ouverte à toutes sortes d’interprétations possibles et à toutes sortes de pratiques possibles, se réclamant toutes, légitimement, de la démocratie !

Si des différences existent, c’est donc que des variantes peuvent se réclamer d’un même nom : la démocratie. Mais alors, si un seul terme recouvre de nombreuses variantes, ce terme serait-il par  nature, de l’abstraction, du concept ? Désignerait-il une idée ? Quel lien entretient-il avec le concret, la réalité, le quotidien, la pratique ? Comment alors est-il possible de passer de l’idée à l’action en conservant une sémantique orthodoxe recouvrant un contenu conforme ?

Si la démocratie se veut fédératrice, mobilisatrice, universaliste, est-ce par stratégie, par tactique ou bien parce qu’un humanisme bien partagé et bien compris nous induirait à nous reconnaître spontanément et sans discuter ni réfléchir, dans tout ce qui exprime notre essence humaine, pour le cautionner de façon inconditionnelle ? Si cette option était proche de « la vérité », alors en toute conscience ou en toute inconscience, se réclamerait-on d’une utopie, d’une forme de spiritualité sans Dieu, d’une réalisation humaine en cours d’exécution, qui nous servirait d’idéal pour notre évolution, ou de but pour une commune espérance ?

Nous ne sommes évidemment pas arrivés à l’exhaustivité des questions mais avons simplement voulu en énumérer quelques unes pour montrer combien la démocratie pouvait être fertile en questionnements connexes ? Il nous resterait de plus à mettre l’accent sur trois axes nullement accessoires :

  • Le premier amène à se demander comment la démocratie peut témoigner de son potentiel d’évolution, de sa plasticité pour s’adapter, depuis sa naissance et en toutes circonstances, à toutes les situations historiques et politiques différentes que le monde a connus, tout particulièrement à notre vie contemporaine d’aujourd’hui, et à notre futur immédiat et à notre avenir moins immédiat ? La démocratie est-elle porteuse d’une vision du monde, tellement implicite, que le seul bon sens nous suffirait à nous rallier à elle ?
  • Le second est relatif à notre mode de vie : pour des raisons d’efficacité disons-nous, l’urgence et le court terme, l’action et le concret sont privilégiés dans notre vie quotidienne. Ils sont relayés par les médias, la télévision bien sûr, qui enrichissent d’images notre soif de visuels et rassurent notre besoin de certitudes communes. Comment la démocratie peut-elle s’exercer dans ces conditions sans se piéger elle-même, à savoir cautionner des solutions immédiates qui à moyen ou long terme, pourraient se révéler contraires à l’éthique démocratique ? Comment, sans réfléchir d’abord sur une vision partagée et démocratique d’un projet de société démocratique peut-on être tranquillisés que la démocratie sera sauve, si les citoyens sont « supporters » de l’éthique télévisuelle (de l’audience avant la qualité !) ? Comment des citoyens peuvent-ils s’engager sur des valeurs, et y croire encore au point d’être à même de montrer une vigilance sur leur application dans les affaires, alors que la télévision les a entraînés à ne reconnaître que le concret, le spectaculaire, l’immédiat, le résultat fulgurant ? Occultant le reste, qui ne répond pas à ces critères, il n’existe pas, sont sans intérêt pour le plus grand nombre,  ou ne sont pas, en fin de compte, important? La démocratie ne serait-elle pas une abstraction, mais un « outil » utilisé lorsque des comportements ou des attitudes interrogent ou font émettre des doutes ? Par ailleurs, la démocratie concerne des hommes libres ; dans nos sociétés démocratiques où la télévision est reine, où la désirabilité sociale et autres conformismes ambiants, composent en quelque sorte une pensée dominante, et parfois sur certaines questions, un risque de pensée unique, l’expression des citoyens reflète-t-elle leur liberté ? Leur liberté est-elle capable d’inspirer leurs choix ou bien croient-ils faire des choix d’hommes libres alors que leurs choix sont ceux de leur groupe d’appartenance, etc… qu’ils « personnalisent ». 
  • Le troisième axe qui d’ailleurs représentera le corps, le noyau de cette recherche, est incarné par les acteurs de la démocratie, les citoyens et les élus. En effet, il est assez édifiant d’entendre fréquemment évoquer la démocratie sans laisser une place significative à l’être démocrate ! S’est-il défini dans le passé ? Quelles sont ses caractéristiques ? Sommes-nous tous démocrates automatiquement, dans les pays démocratiques –puisque la démocratie se présente comme une valeur positive ? La démocratie appliquée nous rend-elle démocrates ou bien le sommes-nous avant, ce qui nous facilite la compréhension et la mise en place de la démocratie ? Etre démocrate nécessite-t-il d’être éduqué ? Est-on démocrate de façon permanente ou bien peut-on changer et devenir autocrate, dictateur, selon des circonstances, et lesquelles ? Des situations concrètes conduisent-elles à rendre difficile, complexe ou impossible, l’expression de la qualité de démocrate d’un individu dans son action au quotidien ? etc…. En recherchant là également une définition du démocrate, nous nous sommes confrontés à deux propositions : « celui qui est partisan de la démocratie » ; ou bien encore : « qualificatif d’un parti politique qui prône la démocratie ».  Il nous semble que nous touchons là à quelques volets essentiels de notre sujet de recherche. Nous en découvrirons d’autres.

L’ambition de ce travail s’harmonisera avec les caractéristiques du contexte dans lequel il va s’élaborer. Tout d’abord, nous devons rappeler que nous sommes citoyens français, ressortissant du monde occidental, de la France en particulier, l’un des pays qui ont le plus contribué à l’instauration de la démocratie. Au passage, il n’est pas superflu de rappeler toutes les vies humaines qui ont été sacrifiées, ou qui se sont sacrifiées à cette cause puisque la démocratie ne s’est pas faite en un jour et par temps calme. Aussi, devons-nous affirmer notre fierté d’appartenir à un pays démocratique et préciser notre conviction : la démocratie mérite nos engagements pour se parfaite et être par-faite. La démocratie a besoin de nous, de chacun de nous, de notre vigilance, de notre sens critique, et de tous nos efforts constructifs pour qu’elle puisse se maintenir et s’améliorer, si nous voulons qu’elle accompagne l’évolution de notre société et serve d’axe de référence.

A nouveau, nous redirons combien nous avons conscience de la fragilité de cette interdépendance : la démocratie a besoin des citoyens qui ont besoin de la démocratie. La démocratie s’exerce notamment grâce aux acteurs qui interviennent en son nom que sont les élus d’une part, et d’autre part, les citoyens. A nouveau, nous dirons être  fiers de nous rassembler sous la bannière de la démocratie, quelles que soient ses imperfections et sommes conscients qu’elle a besoin de chacun de nous pour se pérenniser et garantir les valeurs dont elle est porteuse. Pouvons-nous dire alors que la démocratie en vigueur est à l’image de ceux qui l’animent ? Alors ausculter la démocratie, ce sera ausculter les démocrates.

Ce travail de recherche va s’appuyer d’une part sur les acteurs de la démocratie que sont les élus, et d’autre part sur l’aspect concret de l’application de la démocratie dans un contexte local, quel qu’il soit, puisqu’il s’agira de Maires, de Députés, etc…  Il consistera à écouter les élus qui agissent au nom de la démocratie, qui la représentent, au cours d’entretiens pendant lesquels ils évoqueront la genèse dans leur vie, de leur choix politique jusqu’à leur conscience, dans les actions auxquels leur quotidien les amène à être confrontés, l’esprit dans lequel ils s’impliquent, s’engagent, prennent leurs décisions.

Ce travail présentera ainsi une originalité dans la mesure où l’accent portera sur les démocrates ou supposés tels plutôt que sur la démocratie, tant les ouvrages et débats traitant de la démocratie font florès. C’est parce que l’histoire et l’actualité ont suscité chez nous des étonnements quant à tout ce qui pouvait se réclamer de la démocratie, que nous allons « rassasier » cet étonnement grâce à notre exploration.

Nous ne dirons pas que nous pressentons la démocratie « malade », aussi nous précipitons-nous pour « ausculter » les démocrates mais nous accepterons volontiers nous en être inspirés ! Comment se définissent les démocrates ? Comment agissent-ils ? Leur arrivent-ils de ne pas agir en démocrates ? Cette caractéristique de démocrate leur est-elle consubstantielle ? Ou bien est-elle le fruit d’un travail personnel réalisé antérieurement à leurs mandats ? Postérieurement à leur élection, ont-ils appris à être démocrates ou ont-ils constaté qu’il n’était pas possible de l’être tout à fait ? Comment la démocratie est-elle définie par les démocrates ? Compte-tenu de la complexité de notre quotidien et de notre futur, des enjeux, de la société-monde dans laquelle nous sommes inscrits, de la place et de la puissance des financiers d’une part et des technologies d’autre part, quel est l’avenir des démocrates et de la démocratie ?

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