Par Alfredo Pena-Vega*
Un nouvel imaginaire planétaire. Au cours du Sommet de Copenhague on aimerait qu’un nouvel esprit parcourt notre planète ce qu’Edgar Morin appelait de ses vœux dans son ouvrage « Terre-Patrie », l’émergence d’une conscience écologique qui envahirait de manière profonde les personnes, les institutions, la politique et la culture en général. C’est un impératif et également une réponse à la crise planétaire et aux innombrables dommages que le modèle de développement en vigueur a causé à l’homme, à la nature et à la planète. Face aux questions sans précédents, aux conséquences inédites, que le changement climatique va inévitablement provoquer, nous sommes témoins de l’émergence dans le monde d’un mouvement social, culturel et politique appelé à chercher les modes et les voies visant à surmonter les épreuves auxquelles l’humanité se trouve confrontée, conséquence des dommages causés à la planète.
La fin d’une illusion
Le modèle de développement qui a majoritairement régné sur le monde, dominé par le marché et dirigé par la concentration économique, la domination sociale et la destruction environnementale, est épuisé. Ses jours sont comptés, il tombe pour son insensibilité sociale et son peu de préoccupation pour l’équilibre de la nature. La fin de cette civilisation trouvera une de ses expressions dans le changement climatique.La dette écologique que les pays du Nord ont vis-à-vis des pays du Sud est largement supérieure à la dette externe que les pays du sud ont envers les pays du nord. L’empreinte écologique, que l’actuel modèle de développement a dessinée sur la planète et ses écosystèmes, atteint une magnitude jamais vu auparavant et les coûts de la restauration associés, lorsqu’elle est possible, ne sont financés par personne, malgré le gaspillage des ressources dans les dépenses d’un « keynésianisme militaire » (Peter Custers) et les actuelles formes de consommation superflue.
L’aveuglement
L’eau douce utilisable est limitée, ainsi que la biodiversité, les ressources marines, les sols productifs, les ressources non renouvelables telles que combustibles et minerais. De même, les services environnementaux que fournissent les différents écosystèmes terrestres et marins comme l’oxygène, l’eau propre, en filtrant les polluants, sont des éléments qui, dans une planète limitée, ont une grande valeur. Ils ne sont pourtant pas mesurés ni valorisés pour leur disponibilité restreinte.
Eveiller l’humanité
Tout doit fondamentalement faire partie d’un nouvel ordre écologique international, il est de bon ton d’expliquer que doivent exister des régulations qui assurent sa valorisation et son maintien. Les accords, les conventions ou les traités environnementaux existant ne suffisent plus. Un cadre global qui les ordonne, les systématise et leur attribue le caractère de politique de civilisation validée par les nations fait défaut. La régulation ne deviendra possible que s’il y a une politique globale de notre civilisation.
Un ordre écologique international ne se justifie pas seulement par les limites de la nature, les étroites interrelations entre les pays et les changements significatifs dans les paramètres qui nourrissent la vie sur Terre, mais également parce que nous avons été soumis à un ordre économique international dominant qui a imposé sa façon particulière d’envisager et de regarder le monde, avec des indicateurs et des méthodologies qui ont favorisé l’inéquitable accumulation de la richesse, l’exclusion sociale et la déprédation environnementale.
Le choix de la métamorphose
Il est nécessaire de reposer les bases du discours et de la pratique politique, de l’ordre économique et de sa relation avec l’environnement et de la durabilité d’un développement humain. Allons-nous arriver à un stade métamorphique de la modernité ? (E. Morin)
La métamorphose nécessaire au modèle de développement actuel dominant, depuis le paradigme qui le sustente et continuant avec la transformation des structures de la société actuelle requiert une stratégie écologique, sociale et politique qui permet d’avancer vers des nouvelles voies et qui dépassent les visions anachroniques qui nous ont amenés à cet état de crise civilisationnelle**.
A ce titre l’actuel focalisation sur le climat, si elle se poursuit dans ces conditions, sera contre productive et préjudiciable à un travail en profondeur car c’est l’arbre médiatique qui cache la réalité des désastres humains et sociaux oubliés.
Copenhague, 14 décembre 2009
* Alfredo Pena-Vega est enseignant chercheur au Centre Edgar Morin – EHESS-CNRS. Directeur scientifique de l’Institut International de Recherche, Politique de Civilisation, IIRPC.
** Au-delà là du développement. Pour une politique de l’humanité ?, sous la direction d'Edgar Morin, Alfredo Pena-Vega. Atlantique éditions, 2009.

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